Je ne supporte plus cette fille, cette fille qui perd tout le temps. Elle se dit qu'elle est forte mais n'y croit tellement pas que même extérieurement elle est transparante. C'est une brindille. Au moindre coup de vent elle s'envole, très haut, très loin et son destin la porte. Et quand le ciel se couvre, et que vient la tempête lentement et douloureusement, elle n'a que ses larmes pour pleurer et sa fausse assurance pour se dire que même emportée, elle est solide. Elle se fait balader par le vent, elle va où le vent l'emmène et il la meurtrie, le reste lui est bien égal. Puis les saisons changent et le vent finit par tourner, elle retombe par terre. Elle reste là affalée sur le macadam comme une conne pendant quelques temps, malade. Et puis, quand les temps heureux reviennent, que le printemps lui sourit, elle se sent guérie, elle renaît, et croit que si cette tempête ne l'a pas tué elle l'a rendu plus forte et que la chance tourne avec le vent. Mais c'est faux, elle se leurre. Et chaque fois elle repart avec ce semblant d'assurance qui la trompe, et puis le vent se lève à nouveau et elle avance obstinément, parce qu'elle essaye de croire que enfin elle tient debout, elle essaye de croire à un autre destin. Elle a de l'espoire, mais ce qu'elle oublie tout le temps c'est que cet espoire est un fantôme, son assurance et sa carapaces ne sont mêmes pas encore né et il crèveront bien avant d'avoir vu le jour. Alors, immanquablement elle se recasse la gueule sur le béton et le cercle vicieux recommence.